Premier article sur le sujet, je vous partage ici le fruit de mes recherches et de ma réflexion pour nous lancer dans l’aventure des couches lavables. Dans quelques mois je pourrais vous faire un article « pratique » avec notre retour d’expérience !
Ce sera intéressant de confronter la théorie à la réalité !

“Cet article a été écrit par Marion Honoré, bénévole à la Maison du Zéro Déchet et entrepreneuse zéro déchet. Vous pouvez retrouver l’article original sur son blog J’alimente.”

 

Quand est venu le moment de se projeter avec un bébé, je ne me suis même pas posé la question « est-ce qu’on va utiliser des couches lavables ? »
Pour moi c’était une évidence, il n’était même pas envisageable de faire autrement. Alors pas forcément à 100% tout le temps, partout et dès sa naissance, mais dans les grandes lignes oui.

POURQUOI ?

Plusieurs raisons se sont imposées à moi, toujours dans l’idée de réduire notre impact sur la santé et la planète.

On estime que de la naissance à la propreté (environ 2,5 ans), un bébé sera changé environ 5000 fois, ce qui représente environ 1 tonne de déchets.
Sachant qu’on trouve une 50aine de produits chimiques différents dans une couche jetable, du pétrole, du papier… (une composition que les fabricants ne sont d’ailleurs pas obligés de préciser) et que sa production consomme énormément d’énergie et d’eau, pour un usage unique > pour moi c’était absurde.
Ajouté à cela que ces composants sont des perturbateurs endocriniens (avérés ou fortement soupçonnés), et causes d’irritation et d’allergies, je ne me voyais pas mettre ça en contact direct avec les fesses de mon bébé !

Container poubelle qui déborde de déchets

« Mais les couches lavables ça résout vraiment ces problèmes là ? » me direz-vous ?
Et bien oui, si on s’y prend bien. C’est ce dont j’ai voulu m’assurer avant de me lancer, et voila donc un bilan de mes recherches et conclusions.

PRINCIPES ET VARIABLES

Moi, naïve, ayant passé un peu de temps en boutique écolo, je pensais maîtriser à peu près le sujet. Grosse erreur : je maîtrisais 1 solution. Mais il en existe plein !
On est d’accord, pour être considéré comme une « couche » il va falloir que la solution choisie soit à la fois absorbante à l’intérieur (avec des « inserts », « absorbants », « booster, » ou « couches »), et étanche à l’extérieur (la « culotte de protection », le « contour », la « surcouche »…), n’est-ce pas ? Et bien il y a plusieurs façons d’obtenir ça.

D’abord il y a des systèmes :
« Tout-en-1 », « Tout-en-2 », « Tout-en-3 » ou « couches classiques » déterminent en gros si les parties absorbantes et étanches sont solidarisées ou non. Dans une TE1, tout est cousu ensemble, à chaque change on balance le tout dans le bac à linge comme on aurait mis une jetable à la poubelle. Ultra-pratique pour convaincre des novices qui veulent reproduire au plus proche le geste et la praticité des jetables.
Vous comprendrez donc que dans les TE2, les parties absorbantes (généralement des « inserts » rectangulaires) sont détachables, voire cumulables. L’avantage de ce format c’est qu’il est possible que la culotte ne soit pas atteinte (si c’est juste un petit pipi par exemple) et on peut la réutiliser plusieurs fois avant de la laver, en changeant simplement l’insert.
Je ne vous fais pas le détail du TE3 c’est subtil. On en reparlera si vous vous y plongez.
Et la couche « classique », elle, enveloppe entièrement les fesses du bébé d’une solution absorbante, soit préformée avec des fermetures, soit avec un lange comme nos grand-mères, et par dessus on enfile une culotte de protection pour faire l’étanchéité, mais elles ne sont pas reliées ensemble. Pareil qu’en TE2, il est donc probable que la culotte soit réutilisable avant lavage, d’autant plus que l’absorbant fait vraiment tout le tour, donc encore moins de risque que la culotte soit touchée.

A ce stade, je me dis déjà que les solutions où on peut séparer et où on ne lave pas tout à chaque fois, ça me parle. En terme de lessive, de rotation de stock et donc d’investissement de départ, ça me paraît intéressant. Je creuse donc dans ce sens.

Photo différents types de couches lavables avec les absorbants

Je découvre ensuite la question des matières :
Je vois alors que les parties absorbantes ont des caractéristiques d’absorption et de séchage variables selon les matières !
Le chanvre est le plus naturel, avec la plus grosse capacité d’absorption, mais long et pénible à faire sécher. Le coton sèche très vite et bien, se désinfecte facilement mais absorbe moins bien. Le bambou est un peu entre les deux.
Et on trouve énormément de matières synthétiques, polyester, microfibres, qui ont de bonnes performances mais tolèrent moins bien les hautes températures de lavage.
Pour les parties étanches, malheureusement ma première prise de conscience est dure : pour être imperméable, un tissu est généralement dérivé ou enduit d’un dérivé de plastique (la matière la plus répandue étant nommée PUL).

Photo d'un bébé allongé sur le dos avec une couche lavableGrosse déception dans ma recherche à ce stade. Je vais être obligée de mettre quand même du plastique sur mon bébé ! Donc déjà j’élimine les microfibres pour les absorbants. Le bambou je ne suis pas fan non plus, autant la culture est naturelle et intéressante écologiquement, autant la transformation en textile est très toxique et polluante, ça ne me plaît pas.

Et même si la partie extérieure n’est pas celle en contact direct avec ses parties intimes, ça m’embête aussi. Je vois même des commentaires de parents qui parlent de réactions allergiques au frottement de la cuisse du bébé sur l’extérieur de la couche, ou de la zone des élastiques qui font des plaques flippantes.

En creusant un peu, je me rends compte de 2 choses :

  • la première – il existe bien un façon naturelle d’obtenir l’imperméabilité : la laine vierge ! Et oui, les moutons prennent bien la pluie et ne sont pas mouillés pour autant. Ils sécrètent de la lanoline, un imperméabilisant naturel qui se répand sur la fibre un peu comme notre sébum sur les cheveux. Magique non ?
    Alors ça implique une gestion bien différente : les culottes en laine ne passent pas en machine et il faut leur refaire de temps en temps des bains de lanoline, MAIS c’est une matière naturelle, respirante, thermorégulatrice et anti-bactérienne. Malin pour des couches non ?
    Alors souvent j’entends « mais il va avoir hyper chaud là dedans le bébé !! » et moi je me dis : Franchement quand il fait vraiment chaud, si tu devais porter une couche pleine de ton pipi, est-ce que tu préfèrerais qu’elle macère dans une culotte en plastique bien étanche, ou qu’elle respire à travers les mailles souples d’une culotte tricotée ?
    Attention, inconvénient de la laine, je lis que des fuites peuvent arriver par compression : si l’absorbant est saturé et qu’on serre la laine à cet endroit, la capillarité des tissus va amener l’humidité à l’extérieur. Donc pas forcément la meilleure idée pour une longue balade en écharpe de portage par exemple.
  • la deuxième – parmi les matières « plastiques » il y en a quand même des moins pires que d’autres, avec des compositions plus ou moins détaillées et des rendus de textures qui ne font pas le même effet.

J’aborde alors la problématique des marques :
Dans chaque système, il existe désormais des dizaines de marques et fabricants, partout dans le monde, avec des engagements variés, plus ou moins transparents sur leur composition et leurs lieux de fabrication, leurs certifications (Oeko-Tex quand c’est possible, bio ou GOTS selon les matières)… Là j’avoue que je me perds un peu dans mes critères : Une marque française qui fabrique à la main mais sans certification, ou une marque canadienne qui a tous les labels pointus ? Une marque anglaise qui fabrique en Chine mais avec un cahier des charges hyper transparent et des engagements clairs, ou une marque française qui double d’extérieur de coton pour éviter tout contact avec le PUL mais qui coûte 3X le prix des culottes en laine américaine… L’angoisse !
Sans oublier que chaque marque y va de son propre calcul de taille (1 à 5 ou XS à XL, en kilos ou en centimètres, évolutif mais pas avant 5kg…)

Bon alors là je respire calmement. Déjà j’élimine toutes les marques chinoises premiers prix qu’on trouve sur aliexpress (et beaucoup sur Vinted). Et j’étudie méthodiquement les propositions des différentes marques. Je m’appuie notamment sur les commentaires et les fichiers du groupe Facebook « Couches lavables au naturel » qui m’apprend beaucoup (et où j’ai même pu faire un FaceTime avec une « marraine » qui m’a montré son installation et expliqué ses choix), et quelques vidéos d’Ecomaman, sur YouTube (fondatrice du-dit groupe) qui explique très bien son expérience.
Je me fais alors ma petite shortlist des marques qui me conviennent sur le papier.

Nous avons également participé, avec le papa (oui oui, si vous êtes surpris, on pourra reparler de ce point une autre fois), à une démo de couches lavables par Api Napi à la Maison du Zéro Déchet, pour voir en vrai toutes ces options, toucher les matières, restructurer un peu nos pensées et faire nos choix.

Vient enfin le moment de se lancer et de passer les premières commandes ! Pfiou… heureusement que la grossesse dure 9 mois !
Et là se pose la dernière question cruciale : Neuf ou Occasion ?
Ça peut déclencher des réactions assez violentes, l’idée d’utiliser quelque chose qui a recueilli le caca d’un autre bébé, j’entends bien. Mais pourtant, c’est aussi la logique ultime des couches lavables : plus on les utilise, plus l’impact environnemental est faible. Surtout qu’en explorant un peu on se rend compte que beaucoup de couches lavables sont revendues très peu utilisées car ne conviennent pas à la morphologie de l’enfant, ou il a grandi plus vite que prévu, ou finalement les parents ont préféré un autre système…
Et c’est d’autant plus intéressant que les parties absorbantes atteignent leur maximum de capacité d’absorption après une dizaine de lavages. Donc en fait « usés » ils sont plus efficaces que neufs !

J’ai donc passé pas mal de temps sur Vinted, en chassant les marques que j’avais sélectionnées… Grosse désillusion aussi : le marché de la couche lavable est devenu un truc hyper branché, avec des marques qui proposent des modèles imprimés très mignons, mais ça ouvre la brèche à des comportements de collections, et donc des modèles d’occaz qui se vendent au prix du neuf. Absurde !

Pour ma part j’ai donc fait le choix de prendre d’occasion les parties extérieures, en vérifiant quand même bien leur état, ainsi que des absorbants en bambou éventuellement, parce que je n’ai pas envie d’encourager leur production en neuf.
En revanche pour la majorité des parties absorbantes, je décide de partir sur du neuf, majoritairement coton bio et non blanchi.

NOS CHOIX

Bon finalement après toute cette exploration, vous vous demandez probablement ce qu’on a finalement retenu ! Le suspense est à son comble.

D’abord, on est parti du principe qu’on allait commencer doucement et surtout qu’on allait tester plusieurs solutions avant d’investir dans un stock d’une seule. On ne sait jamais, ce qui ne conviendrait pas à l’asticot en terme de morphologie, de tolérance à des matières, ou les manipulations qui nous plairaient plus que d’autres. Donc on a varié les « plaisies », certains compatibles entre eux.

  • des absorbants d’un côté :

Achetés neufs, en ligne, auprès de marques allemande (Disana) et autrichienne (Popolini) : Une grande majorité de langes, en coton bio non blanchi donc (et certains blanchis « sans chlore »), ainsi que 2 couches préformées.
Et un petit booster coton+chanvre pour voir.
Achetés d’occasion, une couche préformée et quelques inserts en bambou, qui étaient vendus avec des surcouches choisies (cf dessous).

Dans l’idée, ces absorbants peuvent être lavés à 60° sans problème, voire plus si besoin, avec des produits de décrassage sans problème (vinaigre, percarbonate) et donc bien désinfectés en toute circonstance. et on peut les passer au sèche-linge.

Photo 3 couches lavables avec les absorbants

  • Des culottes de protection d’un autre :

Intégralement sur Vinted :
2 culottes en laine Disana
2 culottes en PUL de taille S pour les débuts (Popolini)
2 culottes en PUL évolutives (3,5 à 15kg) d’une marque écossaise (Tots Bots), qui fonctionnent aussi en TE2 avec des inserts en bambou à pressionner dans la culotte.
Ceux là se laveront moins souvent, et de manière plus délicate pour ne pas abimer les élastiques et l’imperméabilité.

Tiroir d'une commande avec une rangée de couches lavables et une rangée d'absorbants

On a également prévu une poubelle dédiée pour stocker les partie sales en attendant les lessives (tous les 2-3 jours) et un sac étanche pour le stockage en vadrouille.

Ah oui et je vous en reparlerai quand on aura bien calé notre routine, mais en théorie toujours, l’entretien c’est :
– un rinçage des couches en machine sans autre linge ni produit
– un cycle de lavage coton normal avec le reste du linge (le notre ou celui du bébé, peu importe, celui qui est compatible avec le programme)
Donc on ne fait pas des lessives exprès chaque jour, si vous vous posez des questions sur la consommation d’eau et d’énergie. On rajoute effectivement environ 3 cycles de rinçage (à froid et court) par semaine spécifiquement pour les couches, mais ensuite elles rejoignent des lessives qu’on aurait faites de toute façon !

Voila ! on va déjà commencer avec ça, voir comment ça se passe les premières semaines / mois, et en fonction on complètera le stock avec ce qu’on préfère !