Nous inaugurons un nouveau rayon en boutique : celui des objets zéro déchet d’occasion !

Mélanie a mis en place un rayon d’objets de réemploi solidaire dans la petite boutique de la Maison du Zéro Déchet à l’occasion de son volontariat en service civique. Elle nous explique le projet plus en détails.

 

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ce rayon en quelques mots ?

Comme dans le reste de la boutique, ce rayon de réemploi solidaire propose des objets pour réduire ses déchets au quotidien : gourdes, thermos, bocaux… La différence, c’est que ces objets en sont à leur seconde vie ! Ils proviennent de nos ressourceries parisiennes partenaires.

 

Quelle a été la motivation première derrière ce rayon de réemploi solidaire ?

L’idée de ce rayon de seconde main est née lors d’une masterclass animée par Pauline, qui coordonne les activités de la Maison du Zéro Déchet. Un participant a posé la question “Quels sont vos rêves pour une société zéro déchet ?”. Pauline a expliqué qu’elle rêvait d’une société où l’accès à la seconde-main serait facilité, un peu sur le modèle des librairies Gibert Joseph : on y va pour y acheter un livre, et on repart avec, qu’il soit neuf ou d’occasion. Un peu sur le ton de la plaisanterie, l’une des participantes a dit à Pauline qu’il fallait aussi savoir construire ses rêves. Elle l’a prise au mot et à décidé de tester le concept dans la boutique de la Maison du Zéro Déchet.
Pauline m’a alors proposé ce service civique pour déployer le projet. Très vite, j’ai eu envie de lui donner un axe social fort. C’est pour cette raison que je me suis tournée vers des ressourceries et structures du réemploi solidaire. Après plusieurs mois de travail, nous avons inauguré le rayon mi-janvier ! Maintenant, je dois documenter le projet dans l’optique de développer la vente d’objets neufs et d’occasion en simultané dans les magasins spécialisés.

 

D’où proviennent les objets d’occasion de ce rayon ?

Les objets de ce rayon de réemploi solidaire proviennent de nos ressourceries et boutiques solidaires partenaires situées à Paris intra muros. Pour le moment, nous avons établi des partenariats avec deux structures : la boutique solidaire d’Apprentis d’Auteuil située dans le 16ème et la Ressourcerie des Batignolles située dans le 17ème. La provenance des objets de ce rayon est donc locale, ce qui réduit leur impact environnemental. Et en plus, nous les faisons livrer à vélo cargo par l’association Carton Plein, dans une logique zéro carbone.

 

Mélanie tenant dans ses bras des objets d'occasion du rayon

Crédit photo : Basile Marchais

Pourquoi c’est plus écologique d’acheter d’occasion ?

Les objets neufs sont produits à partir de ressources naturelles extraites massivement. C’est ce qu’on appelle le sac à dos écologique, qui comprend aussi la transformation des matières et le transport depuis l’usine jusqu’au rayon du magasin. En somme, tout ce qui a été mobilisé avant la mise en vente de l’objet. Par exemple, une tablette de 800g a nécessité l’extraction de 338kg de matières premières. Autre exemple, la fabrication d’un manteau a mobilisé 110kg de ressources. Quand nous achetons un objet, nous devons donc l’utiliser au maximum pour rentabiliser son impact environnemental.
Dans ce rayon, les objets sont issus des dons des particuliers. Il s’agit de réutiliser ce qui a déjà été produit et qui fonctionne toujours, afin de limiter l’extraction de nouvelles matières premières. Au final, en achetant d’occasion, on utilise au maximum un objet et on évite d’en acheter un neuf : on fait d’une pierre deux coups !

 

Quel est le principal avantage à acheter des objets d’occasion pour les consommateurs et consommatrices ?

Le gain est avant tout économique. Nous proposons en effet les objets de ce rayon de réemploi solidaire à des prix inférieurs que les objets neufs de la boutique. L’investissement de base pour s’équiper en objets zéro déchet s’en trouve ainsi réduit ! Cela correspond à notre volonté de rendre le zéro déchet accessible à plus de monde.
Cela dit, nous proposons les objets de ce rayon à des prix plus élevés que si nous allions directement en ressourcerie. Ceci est dû à trois raisons : les ressourceries nous vendent les objets au même prix que ceux pratiqués dans leur espace de vente, l’association qui nous livre est une structure de l’économie sociale et solidaire qui a des frais supérieurs à un livreur standard et nous devons réaliser une marge pour faire vivre notre projet. Ce qui signifie qu’en achetant les objets de ce rayon de réemploi solidaire, vous soutenez trois structures engagées.
Et puis seconde-main ne rime pas avec mauvaise qualité, alors pourquoi brader ces objets ?

 

Concrètement, comment ce rayon de réemploi solidaire fonctionne ?

Après la mise en place de partenariats avec plusieurs structures, je me suis rendue sur place avec Pauline. Nous avons identifié avec ces structures les objets d’occasion qu’elles pourraient sourcer pour nous : gourdes, bocaux, thermos… Elles ont alors formé les bénévoles chargé·es du tri des objets collectés pour qu’ils nous mettent de côté des objets identifiés en amont. Lorsqu’elles ont accumulé assez d’objets, elles nous les font acheminer par Carton Plein. Carton Plein en profite pour récupérer nos anciens cartons de commande pour les valoriser en cartons pour les déménagements ou paillettes pour le lombricompostage.
Ensuite, nous faisons la réception des objets de seconde-main de la même manière que pour nos autres fournisseurs. Nous mettons les objets en vente et la ressourcerie nous envoie simplement la facture.
Ce rayon de réemploi solidaire est donc le fruit d’un processus organisé en partenariat avec des structures du réemploi. C’est pourquoi nous n’acceptons pas directement les dons des particuliers.

 

Pourquoi avoir choisi de procéder de cette manière plutôt qu’en dépôt-vente comme les ressourceries ?

D’abord, nous n’avons pas l’infrastructure nécessaire pour accueillir des dons massifs et les trier. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’une ressourcerie a un espace de stockage et de tri au moins aussi important que l’espace de vente. Ce n’est pas notre cas.
Ensuite, nous voulions surtout expérimenter un modèle facilement réplicable par d’autres commerces. Notre objectif était donc de nous fournir en objets d’occasion avec la même facilité que pour les produits neufs. Mission accomplie : nos ressourceries partenaires fonctionnent avec nous comme nos autres fournisseurs boutique.

 

Est-ce que ce rayon de réemploi solidaire fonctionne bien ?

Oui ! Encore plus que dans nos rêves les plus fous ! La première livraison est partie en moins d’une semaine : ça donne envie pour la suite.

 

Pauline et Mélanie en train de rigoler devant le rayon d'objets d'occasion

Crédit @Basile Marchais

 

En fait, pourquoi ne pas tout proposer d’occasion dans la boutique ?

D’abord, tous les produits ne peuvent pas être proposés d’occasion : les brosses à dents, les shampoings solides, les serviettes périodiques…
Ensuite, tous les objets zéro déchet ne se trouvent pas encore facilement d’occasion. Or, notre rôle est de présenter les solutions pour passer au zéro déchet. C’est donc important pour nous de garder une gamme importante en boutique pour toujours avoir en rayon les indispensables du zéro déchet.
Une chose est sûre, nous espérons proposer de plus en plus d’objets de seconde-main !

 

Pourquoi des objets d’occasion qui n’ont pas la même contenance sont vendus au même prix ?

La nature des objets collectés par nos ressourceries partenaires est aléatoire. Comme les objets proviennent de dons des particuliers, on ne sait jamais à l’avance ce qu’on va recevoir. Dans un souci de simplification, nous avons donc décidé des prix en fonction des familles d’objets (bocaux, thermos, gourdes…) plutôt qu’au cas par cas.

 

Comment vois-tu le futur de ce rayon de réemploi solidaire ?

Ma mission à la Maison du Zéro Déchet touche bientôt à sa fin. Mon objectif est de faire en sorte que le rayon fonctionne sans moi. Je vais donc renforcer le processus avec nos ressourceries partenaires pour les intégrer au même titre que nos autres fournisseurs.
Bien sûr, j’espère que ce rayon de réemploi solidaire sera de plus en plus fourni ! Nous allons continuer à développer d’autres partenariats !
Et surtout, je vais essayer de documenter l’expérience. J’espère de cette manière inspirer d’autres commerces à mettre en place la même démarche.

 

Un dernier mot sur ce rayon de seconde-main ?

Si les alternatives au neuf vous intéressent, vous pouvez en découvrir des centaines sur riendeneuf.org en participant au Défi “Rien de Neuf” !

 

Interview menée par Pauline Imbault